Mariage, générations, chefferie, culte des ancêtres, cuisine et artisanat : ce qui fait, au quotidien, l'identité du peuple Abouré.
Le royaume Abouré-Ehivè repose sur une monarchie coutumière héréditaire par la lignée, qui s'étend sur vingt-cinq villages autour de Bonoua.
Le roi, appelé M'lingbi, représente le pouvoir exécutif. Il est aidé par un conseil de notables composé des chefs des familles propriétaires de chaises, appelés M'lintés (ou Mlitin) : ce conseil exerce les pouvoirs exécutif et judiciaire. La chefferie joue un rôle central dans la résolution des conflits, la gestion des terres et la préservation des traditions.
Le roi actuel est Sa Majesté Miessan Kacou Venance, 22e roi des Abouré Ehivè, intronisé le 19 décembre 2019.
Les clans sont à l'origine de la fondation du royaume. Au nombre de sept — les Ehivevle, les ôbounhivê, les Koho, les Tchantchêvê, les Adêvésséhivê, les Agbissihivê et les Moho — ils se sont segmentés pour en produire trente-neuf, chacun correspondant à un groupe uni par une communauté d'ascendance.
Hommes et femmes sont regroupés en générations et en classes d'âge (efwa) qui remplissent des fonctions sociales, économiques et autrefois militaires.
Les générations sont les gardiennes des us et coutumes : elles mettent en œuvre les décisions du roi, peuvent décider des lois et interviennent dans toutes les affaires importantes du royaume. Elles gouvernent par alternance, avec des mandats de vingt-et-un ans.
Chaque génération se subdivise en quatre classes d'âge : les Attiblé, les Bahoulé, les Tchagba et les Djamian. Chaque classe a un chef, l'ôfouaminlibé, et les générations ont des responsables, les M'manminlibé, représentants du peuple. Cette structuration se répète dans les trois quartiers historiques de Bonoua : Koumassi, Begneri et Bronoukro.
Les fêtes de génération — comme l'Obolwon Ôfwa Atiê de Bronoukro — mettent en valeur le patrimoine culturel, touristique et gastronomique du peuple abouré et commémorent les luttes d'émancipation des générations. C'est aussi dans ce cadre que se joue la solidarité funéraire : toute personne âgée de 18 ans (ou ayant donné naissance avant cet âge) doit obligatoirement contribuer financièrement en cas de décès ; les contributions sont collectées par les classes d'âge et reversées à la cour royale, et la famille éplorée d'un contributeur bénéficie en retour de l'assistance de la communauté.
Dans le royaume Abouré-Ehivè, le mariage traditionnel, appelé « Apa », se déroule en trois étapes.
Le mariage est l'union de deux familles, voire de deux villages : les lignages maternels des deux côtés veillent à la moralité des futurs époux et à l'absence de conflit entre les lignages. L'accompagnement de l'épouse chez son mari, en cortège festif, fait partie des manifestations coutumières présentées lors du Popo Carnaval.
La naissance donne lieu à une cérémonie de présentation du nouveau-né à la communauté — l'un des moments coutumiers mis en scène lors du grand défilé du Popo Carnaval. L'enfant reçoit son nom devant les aînés, et la mère est honorée : dans une société matrilinéaire, chaque naissance perpétue le lignage.
Le passage à l'âge adulte est marqué par des rites d'initiation. La présentation des filles pubères, parées de leurs plus beaux pagnes, est l'une des manifestations coutumières les plus admirées du Popo Carnaval. Pour les garçons comme pour les filles, l'initiation passe par le Fôkwé, institution d'éducation où la musique (tambours parleurs, tambours de bois, hochets, grelots) joue un rôle prépondérant.
La mort, chez les Abouré, est une affaire collective : tout le village accompagne le défunt et soutient sa famille.
Comme évoqué plus haut, la contribution funéraire est obligatoire pour toute personne de 18 ans et plus. Collectées par les classes d'âge et reversées à la cour royale, ces contributions garantissent à chaque famille éplorée l'assistance de toute la communauté — une assurance mutuelle ancestrale.
La succession passe par la lignée maternelle : c'est la famille maternelle du défunt qui désigne l'héritier — qui peut succéder à un frère, un cousin, un neveu, un oncle ou un grand-père de la même lignée. La présentation publique du successeur a lieu le troisième jour des funérailles, en présence des enfants du défunt.
Quant au partage des biens : les biens propres (terres rurales, plantations, maisons mises en location, maisons autres que la maison d'habitation) sont divisés en deux parts égales — l'une pour la famille maternelle, l'autre pour les enfants du défunt.
Avant l'arrivée des religions révélées, la vie spirituelle abouré s'organisait autour des ancêtres et des forces de la nature.
Le culte des ancêtres occupe une place centrale : on les honore par des cérémonies, des libations et des sacrifices, car ils veillent sur les vivants et garantissent la prospérité du lignage. Les divinités naturelles (bosson) — forêts, rivières, lagunes — sont également vénérées.
Les kômians, figures de sagesse, sont les médiateurs avec le monde invisible : on les consulte lors des cérémonies importantes, pour les décisions graves ou pour soigner. Aujourd'hui, ces pratiques coexistent avec le christianisme (catholicisme et protestantisme) et, dans une moindre mesure, l'islam — un syncrétisme vivant, assumé au quotidien.
Le Fokwé est une danse guerrière réservée aux initiés. Sacrée, elle permet le rassemblement des hommes et des femmes valides pour défendre les grandes causes communautaires. La danse Fôkwé des générations, exécutée lors du Popo Carnaval, en est l'expression festive la plus visible.
La musique abouré repose sur les tambours parleurs (dont les atumpan), les tambours de bois, les hochets et les grelots. Le tambour transmet les messages du village, annonce les cérémonies et accompagne chaque rite — naissance, mariage, deuil, intronisation.
La danse Abodan lors du Popo Carnaval de Bonoua — prestation filmée. Vidéo : YouTube (intégrée).
Les grandes occasions — fêtes de génération, Popo Carnaval, cérémonies coutumières — sont l'écrin des pagnes wax et kita aux motifs éclatants, des perles et des parures d'or héritées de la tradition akan. Le chasse-mouche et les chaussures traditionnelles complètent les insignes des notables et du roi.
Au quotidien, l'habillement est moderne, mais le pagne reste de mise pour honorer les ancêtres, les aînés et les invités de marque.
La cuisine abouré est celle d'un peuple de la lagune : manioc, poisson et huile de palme en sont les piliers.
Le centre artisanal du Parc M'Ploussoué perpétue les savoir-faire : masques sculptés (dont les masques « popo » vieux de plusieurs siècles), parures, instruments de musique traditionnels et objets usuels. Sur la lagune, les pirogues — dont la grande pirogue de génération (fahèlê), longue de près de 25 mètres — sont taillées dans un tronc unique par des artisans piroguiers.
Gros plan sur le « fahèlê », la pirogue de génération du village d'Aby (24,64 m). Vidéo : YouTube (intégrée).
Les villages abouré s'établissent traditionnellement près d'un cours d'eau, en bordure de lagune ou le long d'un marigot. Leur structure est linéaire, traversée par une voie principale orientée d'est en ouest.
Les habitations, en banco ou en matériaux durables, s'organisent autour d'une cour intérieure, avec poulaillers, étables et dépendances.
Clip Popo Carnaval : artisanat, danses, gastronomie et coutumes du peuple Abouré en images. Vidéo : YouTube (intégrée).