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Défilé du 44e Popo Carnaval à Bonoua
Fêtes · Rites · Société

Culture & Traditions

Du Popo Carnaval aux fêtes de génération, une culture vivante portée par une organisation sociale unique.

Photo : Aman ADO, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
La fête emblématique

Le Popo Carnaval de Bonoua

Classé parmi les festivals les plus populaires de Côte d'Ivoire, le Popo Carnaval est la grande fête du peuple Abouré.

Origines : de la fête des ignames au carnaval

Le Popo Carnaval tire ses origines de la fête annuelle des ignames. En 1946, les jeunes Abouré de Bonoua la transforment en organisant le « Popo » — qui signifie « masque » en langue abouré. Cette tradition était autrefois un jeu instauré par les anciens pour effrayer les enfants dits « têtus », avec des masques vieux de plusieurs siècles.

Devenus adultes, ces jeunes baptisent la fête « Popo Carnaval » en y introduisant l'aspect moderne du carnaval : défilé de chars et de toutes les forces vives de la région. Depuis 1972, l'organisation de la fête est inscrite dans les mœurs des Abouré. Jean-Baptiste Amethier, premier maire de Bonoua, compte parmi ses pionniers.

Déroulement : une semaine de liesse à Pâques

Chaque année, pendant la période de Pâques (avril), Bonoua devient la capitale culturelle du pays. La fête commence généralement le lundi de Pâques par la retraite aux flambeaux dans les artères de la ville — les participants se munissent de feuilles de palmes séchées appelées ètè en abouré.

La célébration de la beauté

Le Popo Carnaval célèbre aussi la beauté : le concours « Ebè » élit le plus bel homme de l'année, tandis que le concours « Awoulaba » met à l'honneur la plus belle femme abouré. Le concours Miss Popo complète ces cérémonies. Lors de la 41ᵉ édition (2022), des innovations ont été introduites, comme l'usage de l'orthographe abouré dans les concours et un marathon des personnes du 3ᵉ âge (60-80 ans).

Repères : 41ᵉ édition en 2022, 44ᵉ édition en 2025, 45ᵉ édition du 6 au 19 avril 2026 (thème : « Héritage culturel identitaire et touristique en mouvement »). Prochaine édition (46ᵉ) : période de Pâques 2027. Le festival dispose d'un site officiel : popocarnavalbonoua.com.

Les fêtes de génération

Les Abouré sont organisés en générations et classes d'âge (efwa), qui structurent toute la vie sociale, économique et autrefois militaire. On distingue trois générations — les M'ploussoué, les N'nowé et les Noudjou — chacune subdivisée en quatre classes d'âge : les Attiblé, les Bahoulé, les Tchagba et les Djamian.

Chaque classe d'âge a un chef, l'ôfouaminlibé, et les générations ont des responsables, les M'manminlibé, représentants du peuple. Cette structuration se répète dans les trois quartiers de Bonoua : Koumassi, Begneri et Bronoukro.

Les fêtes de génération — comme l'Obolwon Ôfwa Atiê de Bronoukro, dont l'ouverture officielle a été célébrée en janvier 2023 — mettent en valeur le patrimoine culturel, touristique et gastronomique du peuple abouré et commémorent les luttes d'émancipation des générations.

Le Fôkwé est l'institution d'initiation et d'éducation des jeunes pour leur passage à l'âge adulte : la musique y joue un rôle prépondérant (tambours parleurs, tambours de bois, hochets, grelots), et la danse Fôkwé des générations est l'un des moments forts des défilés.

Organisation sociale : une société matrilinéaire

La société abouré est organisée selon un système matrilinéaire : l'héritage et la transmission des pouvoirs passent par la lignée maternelle. Le roi, appelé Mlingbi, est assisté par des notables (Mlitin) et des chefs de clans. La chefferie joue un rôle central dans la résolution des conflits, la gestion des terres et la préservation des traditions.

La population villageoise se répartit traditionnellement en quatre groupes : les Ediyê (clans autochtones fondateurs, position privilégiée), les Ohopwê (étrangers intégrés), les Kaha (anciens esclaves intégrés par rituel) et les Apolien (leurs descendants, jouissant de certains droits civiques).

Chaque village est divisé en deux quartiers : Benini à l'est et Kumasi à l'ouest — en souvenir des régions d'origine ashanti et apollonienne. Les zones abritant les trônes des clans ancestraux, appelées ebientê-pukô, sont protégées de toute démolition rituelle.

Religion : ancêtres, kômians et christianisme

Comme beaucoup de peuples akan, les Abouré ont longtemps pratiqué des religions traditionnelles fondées sur le culte des ancêtres et des divinités naturelles (bosson : forêts, rivières). Les kômians — figures de sagesse et d'intermédiation avec le monde invisible — occupent une place centrale, consultés lors de cérémonies et de sacrifices.

Aujourd'hui, ces pratiques coexistent avec le christianisme (catholicisme et protestantisme) et, dans une moindre mesure, l'islam. Bonoua a aussi été une terre de prophétisme : le prophète William Wade Harris y est passé au début du XXᵉ siècle, et Gbahié Koudou Jeannot y a connu en 1985 le tournant de sa popularité.

Artisanat, musée et mémoire

Le Musée du Parc M'Ploussoué de Bonoua, créé en 1981 sur 16 hectares, conserve et met en valeur le patrimoine culturel et végétal du peuple Abouré Ehivè. Ses quatre salles d'exposition, inspirées de l'architecture traditionnelle abouré, présentent objets usuels, insignes de pouvoir, instruments de travail et statuettes. Le centre artisanal offre aux visiteurs instruments traditionnels, parures, masques et objets d'art.

À l'entrée de Bonoua, le sanctuaire Avé Maria attire chaque année des milliers de pèlerins pour la fête de l'Assomption — l'un des lieux de pèlerinage les plus visités du pays.

Cuisine

La cuisine abouré s'inscrit dans la tradition des peuples lagunaires akan : attiéké (semoule de manioc), foutou, sauces à base d'huile de palme ou de graine, poissons de lagune fumés ou braisés. L'igname, au cœur de l'ancienne fête annuelle dont est issu le Popo Carnaval, reste un aliment symbolique fort.